J’ai quitté New York après une rupture et c’est à Paris que je me suis reconstruite

J’ai vécu à Paris pendant 3 ans. Je suis arrivée dans cette ville en 2012 sur un coup de tête, avec le cœur brisé et deux énormes valises.

J’avais 25 ans et j’étais complètement perdue, trahie par mon premier amour, incapable de passer à autre chose. Il m’avait plaquée au beau milieu d’une cuisine, dans une dispute explosive où les pâtes volaient, les portes claquaient (lui) et les larmes coulaient (moi). Après plusieurs mois passés à me morfondre, j’avais décidé de démissionner de mon poste d’attachée de presse à New York pour partir m’installer à Paris et débuter un Master à l’Institut français de la Mode. C’était du moins la raison officielle.

“C’est pas possible”

Voilà les premiers mots que j’ai entendus quand je suis arrivée en France. Tout le monde n’avait que ces mots à la bouche –l’agent immobilier à qui j’ai demandé si mon loyer pouvait être prélevé sur un compte américain, le banquier auprès de qui j’ai tenté d’ouvrir un compte sans posséder d’adresse française, le professeur de l’IFM à qui j’ai demandé un bon plan pour prendre des cours de français, et le serveur de la brasserie où j’ai voulu commander une salade sans œuf poché.

Au bout de deux semaines, j’ai fait la rencontre d’un type super bronzé, aux cheveux un peu gras, qui correspondait assez à l’idée que je me faisais du flirt français: charmant, photogénique, pas plus intelligent que ça. Ce que j’ai découvert dès le premier soir en entrant chez lui c’est qu’il vivait avec sa mère. Cela était évident, car chaque mètre carré de l’appartement était rempli par ses effets personnels. Il avait l’air tellement à l’aise avec ça qu’il m’a même suggéré même en guise de dîner romantique improvisé, une barquette de carottes râpées préparées à son attention par maman, qu’il a proposé de décongeler au four à micro-ondes.

Au moment où il s’est penché vers moi pour m’embrasser, son haleine âcre mêlée à l’odeur des carottes décongelées m’a tout simplement fait fuir. En bas de l’immeuble, j’ai hélé un taxi qui me dit quelques minutes plus tard qu’il n’acceptait pas la carte de crédit et ne voulait pas non plus s’arrêter à un distributeur. Ses derniers mots avant de me jeter de la voiture? “C’est pas possible”. J’avais l’impression d’être victime d’un vaste complot dans lequel chaque personne de ce pays s’était donné pour but de me donner une leçon. Ici, en France, tu n’obtiendras jamais ce que tu veux. Tu ne seras jamais acceptée. Tu ne t’intégreras jamais.

Et pourtant, Paris…

J’ai pourtant passé trois ans à Paris. Peu à peu, et surtout grâce à mes progrès en français, la vie est devenue plus facile. Et j’ai commencé à comprendre la vision du monde des Français (en l’occurrence, que la vie est faite pour vivre et non pour travailler et que le client, contrairement à la croyance populaire américaine, n’est pas roi). Leur incorrigible obstination a commencé à devenir un peu plus supportable. De nouveaux amis sont entrés dans mon cercle. L’alcool coulait à flots, nous sortions tous les week-ends jusqu’au petit matin, forts de notre insouciance et de notre jeunesse.

J’aimerais tant vous dire que je n’ai qu’à traverser la rue parisienne pour rencontrer le prince charmant, mais ce serait mentir. J’ai plutôt droit au panorama exhaustif de la gent masculine. Il y avait ce camarade de classe, égalitariste, opposé aux normes de genre, qui me fait payer toute l’année ses sandwichs chez Paul. Il y avait cet expat’ australien qui sort tout juste d’une relation de neuf ans et qui me prend pour sa thérapeute personnelle. Il y avait ce pseudoaristo anglais qui arrive à me convaincre de prolonger mon séjour à Londres d’une semaine pour se volatiliser 24 h après. L’un après l’autre, ils m’entraînent sur des montagnes russes émotionnelles, me gonflant d’espoir puis me perçant comme une baudruche, me laissant très dubitative sur mes chances de trouver un jour à nouveau l’amour.

Peut-être que je ne suis pas la plus chanceuse en amour, mais je sentais en moi quelque chose changer. J’avais de plus en plus confiance en moi. J’ai lancé un blog pour raconter mes aventures, j’ai obtenu un stage dans une agence de com’ réputée. Au lieu de chercher l’amour, je profitais de ma propre vie –les promenades nocturnes sur les quais de Seine, les soirées sans fin dans les brasseries, toutes ces merveilles qui semblaient m’attendre à chaque coin de rue. Au bout du compte, ce séjour qui avait commencé sous le signe des emmerdes est vite devenu l’aventure de jeunesse que tout étranger rêverait de vivre à Paris. J’étais libre, j’étais heureuse, j’étais moi. Tout était possible.

“Paris est une fête”

Des centaines de clichés ont déjà été écrits sur ce thème. J’ai bien conscience d’y faire écho. Mais il n’empêche qu’au moment de rentrer aux États-Unis, en 2015, je suis repartie avec bien plus que deux énormes valises. Je suis repartie avec les liens tissés au gré de mes rencontres, avec les expériences que j’ai vécues et toutes les leçons que j’en ai tirées. Et, par-dessus tout, avec ce sentiment de liberté et de foi en l’avenir que m’avait donné Paris.

Aujourd’hui, alors que nous nous retrouvons privés d’un si grand nombre de nos libertés, tout le monde a besoin d’un espoir auquel se raccrocher.

Dans mon rêve à moi, je me promène quelque part dans Paris avec mon petit ami et notre fille qui bientôt verra le jour, en leur racontant mes aventures d’autrefois. Les brasseries sont ouvertes, la musique joue, la ville est pleine de vie et, l’espace de ces quelques instants, tout est parfait. Comme dans mon souvenir.

Adapté du Huff Post

One thought on “J’ai quitté New York après une rupture et c’est à Paris que je me suis reconstruite

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s